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Gomorra - Roberto Saviano

A mi-chemin entre l’enquête et le témoignage, Gomorra, juste mélange entre la ville de Gomorrhe et la Camorra, nous plonge dans les banlieues nord de Naples où la misère et la pauvreté ont eu raison des scrupules de ses habitants : jeunes et vieux, hommes et femmes, tout le monde participe à l’expansion de la pieuvre que représente le clan : traficants d’armes, dealers de quartier, gros industriels ou même simples "sous-marins", toutes les classes sociales et tous les métiers sont représentés à la Camorra. La guerre gronde entre les clans et la violence règne en maître dans le "système". L’un des plus grands réseaux international du crime organisé a trouvé son QG et l’expression "oeil pour oeil, dent pour dent" n’a jamais été aussi vraie. De l’histoire de ce grand styliste italien qui vend son savoir-faire aux chinois, en passant par la guerre du quartier de Secondigliano, de ce témoignage de Mariano qui voue un véritable culte à Mikhaïl Kalachnikov ou encore de ces enfants qui s’entraînent à devenir camorristes en se faisant tirer dessus à travers un gilet pare-balle, tous les crimes de la mafia, sont passés au crible : Roberto Saviano n’épargne pas le lecteur. Les meurtres sont commandités par dizaines et les règlements de compte n’en finissent plus d’empoisonner la vie des napolitains. Mais c’est comme ça. Et l’auteur nous montre bien comment se régit la loi implacable des parrains. Des nombreux films qu’on a tous pu voir sur le sujet comme Scarface, rien n’est exagéré : trafics en tous genres, règlements de compte, blanchiment d’argent, tous ces crimes sévissent bel et bien de nos jours.


Témoin privilégié d’une Naples rongée par la corruption et la terreur, Roberto Saviano a mené une investigation dangeureuse au coeur du système. Originaire de la ville, l’auteur connait certains acteurs de la mafia. D’ailleurs, tous les napolitains connaissent au moins un affilié. S’appuyant sur les enquêtes menées par la DDA (Direzione distrettuale antimafia) et par les procureurs, les témoignages des repentis et bien sûr ceux des napolitains, Roberto Saviano a joué au détective. Le résultat de son travail est très dense et la lecture de son livre ne laisse pas indemne. Les détails sont décrits avec une froideur déconcertante et c’est peut-être ça finalement qui donne tant de force au roman. Seule l’écriture m’a dérangée : j’ai trouvé le style inégal. L’auteur navigue entre le style direct et indirect, entre le roman et l’article journalistique, entre le récit et l’énumération. Et je trouve ça bien dommage car cela a nui à la fluidité du récit.

Suite à la publication de son livre, Roberto Saviano est obligé de vivre sous protection rapprochée. Son oeuvre a mis au jour l’un des réseaux mafieux internationaux les plus puissants. L’adaptation cinématographique de Gamorra très bien réalisée par Matteo Garrone a reçu un immense succès à sa sortie en salle en 2008. L’extrait présenté ci-dessous correspond au début du film.

Sur le même thème, découvrez le superbe roman graphique de Manfredi Giffone, La pieuvre.

La camorra et la religion - Quelques anecdotes marquantes 

A San Cipriano d’Aversa, Antonio Bardellino nommait les nouveaux affiliés en respectant le rituel de la piqûre, également en vigueur au sein de la Cosa Nostra : un de ces rituels qui ont disparu peu à peu. On piquait un doigt de la main droite et on faisait couler le sang sur une image de la Vierge de Pompéi avant d’y mettre le feu avec une bougie et de la faire passer de main en main parmi les dirigeants du clan debout autour d’une table. Si tous les affiliés embrassaient la Madone, l’aspirant devenait officiellement membre du clan. (p.347)
A Scampia, dans les entrepôts où on stocke la drogue, on coupe souvent 33 pains de haschich à la fois, l’âge du Christ. Puis on s’arrête pendant 33 minutes, on se signe et on reprend le travail. Une sorte d’hommage au Christ pour s’attirer argent et tranquillité. On fait la même chose avec les sachets de coke, que le responsable de la distribution aux dealers bénit souvent avec de l’eau de Lourdes, dans l’espoir que les lots ne tuent personne, car, en cas de problème, c’est lui qui en répondrait directement. (p.346)
Extrait du début
Le conteneur oscillait tandis que la grue le transportait jusqu’au bateau. Comme s’il flottait dans l’air. Le sprider, le mécanisme qui les reliait, ne parvenait pas à dompter le mouvement. Soudain, les portes mal fermées s’ouvrirent et des dizaines de corps tombèrent. On aurait dit des mannnequins. Mais lorsqu’ils heurtaient le sol, les têtes se brisaient comme des crânes. Car c’était des crânes. Des hommes et des femmes tombaient du conteneur. Quelques adolescents aussi. Morts. Congelés, recroquevillés sur eux-mêmes, les uns sur les autres. Alignés comme des harengs dans une boîte. Les chinois qui ne meurent jamais, les éternels chinois qui se transmettent leurs papiers d’identité : voilà où ils finissaient. Ces corps dont les imaginations les plus débridées prétendaient qu’ils étaient cuisinés dans les restaurants, enterrés dans les champs près des usines ou jetés dans le cratère du Vésuve. Ils étaient là et s’échappaient par dizaines du conteneur, leur nom inscrit sur un bout de carton attaché autour du cou par une ficelle. Ils avaient tous mis de côté la somme nécessaire pour se faire enterrer chez eux, en Chine. On retenait une partie de leur salaire en échange de laquelle, après leur mort, leur voyage de retour était payé. Une place dans un conteneur ou un trou dans quelque lopin de terre chinois. (p.15-16)
Gomorra - un mélange entre Gomorrhe et Camorra - Extrait du discours qui devait être prononcé lors des obsèques du prêtre Don Pepino, suite à son assassinat :
Hommes de ces terres, nous ne permettrons pas qu’elles tombent aux mains de la Camorra, nous ne les laisserons pas devenir une unique et gigantesque Gomorrhe qu’il faut détruire. (p.369)
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Auteur : Roberto Saviano
Titre original : Gomorra
Traducteur : Vincent Raynaud
Édition : Folio
Date de parution : Août 2009
Dédicace : A S., nom de Dieu
Nombre de pages : 458 p.
Couverture : Photo de Jonathan Stafford/Millennium images, Londres et Marc abel/Picturetank
Citation : "Le monde t’appartient". Scarface
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